Cuiseurs protocoles test

Alors que le processus d’élaboration de l’ISO TC 285 [1] (sur les solutions propres de cuisson) est en marche, le groupe de travail sur les protocoles de tests pour les foyers améliorés avance.

Commencé en 2012, le travail sur l’ISO TC 285 devrait permettre aux pays qui l’adopteront de faire respecter sur le marché des foyers améliorés des normes et standards d’efficacité et de propreté. Cette mesure devrait inciter les acteurs concernés à développer des foyers moins polluants et plus performants.

En novembre dernier, les groupes de travail (dont un sur les protocoles de tests de foyers améliorés) se sont réunis une quatrième fois pour travailler sur les documents. A la fin du processus, ils seront soumis aux pays membres de l’organisation ISO pour adoption (pour plus d’information, lire The cookstove challenge).

Les tests

Il nous a semblé utile de revenir en détail sur 2 protocoles de test en laboratoire utilisés pour mesurer les performances des foyers améliorés : le Water Boiling Test (WBT – littéralement « Test d’Ebullition d’Eau ») et l’Adapted Water Boiling Test (AWBT – littéralement « Test d’Ebullition d’Eau Adapté »).

Afin de justifier la pertinence du produit auprès des populations, des producteurs/distributeurs et des bailleurs de fonds, il est indispensable d’en mesurer la performance. Au Cambodge par exemple, il apparaît rapidement que le protocole le plus utilisé au niveau international, le WBT, ne donne pas une image fiable de la performance des équipements car il ne tient pas compte des pratiques culinaires spécifiques des Cambodgiens. C’est pourquoi le GERES développe, à partir du WBT, un test prenant en compte le contexte culinaire de la région : l’AWBT.

Celui-ci permet aux équipes du GERES de développer des foyers plus performants et répondant aux habitudes de cuisson des Cambodgiens. Le New Lao Stove (NLS), fonctionnant préférentiellement au charbon de bois, est adapté aux ménages urbains et le Neang Kongrey Stove (NKS), fonctionnant au bois de feu, est adapté aux ménages ruraux. Récemment, un foyer plus moderne est développé, le KhRoS. De type « rocket [2]», il fonctionne avec du charbon et est à destination des ménages urbains.

En 2013, la Global Alliance for Clean Cookstoves (GACC) a commissionné au Laboratoire Biomasse Energie du GERES (le G-BEL), une étude sur les habitudes locales de cuisson et sur l’AWBT pour comprendre la différence entre WBT et AWBT. Les questions de recherche étaient : comment obtenir les résultats au plus proche du terrain en laboratoire ? Lequel des deux tests (WBT/AWBT) est le plus fiable ?

Dans le vif du sujet

Les chercheurs du GERES rappellent en début d’étude les pratiques culinaires des Cambodgiens. Ils expliquent qu’une haute puissance de cuisson compte pour 90% du temps de la cuisson globale pour bouillir, griller, frire les aliments au Cambodge. Afin de réguler cette puissance de chauffe, l’utilisateur ajoute ou enlève le combustible du foyer durant le processus de cuisson. L’AWBT a été développé pour ce cas de figure : il tient plus compte de la cuisson à haute puissance pour tester les foyers de cuisson.

Les chercheurs s’appliquent ensuite à obtenir des données provenant de deux différents foyers (le NLS et le KhRoS) avec chacun des protocoles de tests : le WBT, l’AWBT et le KPT.

Le KPT ?

Un autre test est nécessaire pour réaliser cette comparaison : le Kitchen Performance Test (KPT – littéralement « Test de Performance en Cuisine »). Il mesure la performance en « situation réelle contrôlée », et est utilisé comme test de contrôle pour cette étude. On considère qu’il donne une image fiable des performances en situation de cuisson réelle. La proximité des résultats du KPT et du test étudié (WBT ou AWBT) permet d’évaluer la fiabilité de ces deux tests.

On utilise ce troisième test car il est impossible de comparer les données du WBT et du AWBT entre elles. Les critères mesurés sont différents ainsi que les unités.

Ce que l’on va mesurer est l’écart de performance entre les foyers pour chaque tests. Prenons un exemple. Le NLS et le KhRoS sont d’abord mesurés avec le WBT. Une « note » est donnée à chacun des foyers. L’écart entre la note du NLS et du KhRoS est traduit en pourcentage. Puis on réitère l’opération pour chaque test : AWBT, et enfin KPT. Pour rappel, on considère que les résultats du KPT sont fiables. C’est donc la valeur (indiquée en pourcentage) la plus proche du KPT qui indique une meilleure fiabilité.

Ainsi, selon le KPT, le KhRoS est 22,5% plus performant que le NLS, selon le WBT, le KhRoS est 12% plus performant et selon l’AWBT, le KhRoS est 25% plus performant. On constate donc que le résultat avec l’AWBT est plus proche du KPT que celui du WBT.

Un autre critère de comparaison probant est le combustible économisé lors de la cuisson. Pour chaque test, la différence de consommation de combustible par les utilisateurs du KhRoS et du NLS est comparée. Ensuite, cette différence est transformée en pourcentage pour chaque test et est comparée. L’étude montre que l’écart entre les résultats du KPT et du AWBT est de 11% alors que ceux entre le WBT et le KPT atteint 47%.

Cet écart s’explique par la différence de puissance de chauffe utilisée durant les tests entre le WBT et l’AWBT. Le premier intègre des phases plus ou moins fortes de cuisson, tandis que le second reproduit les pratiques du pays, c’est-à-dire, maintenir une haute puissance de chauffe 90% du temps de cuisson.

Il est à noter que cette haute puissance de chauffe est largement représentée en Asie, notamment là où l’on cuisine le riz collant, mais aussi en Afrique de l’Ouest où le riz est cuit majoritairement à la vapeur.

Au regard de ces éléments, les auteurs de l’étude, David Béritault et Jean-François Rozis, recommandent d’être particulièrement attentifs à ces variations de puissance. En effet, si l’on considère les résultats du WBT pour concevoir un foyer, ce dernier aura peut-être de bons résultats à basse puissance, mais il devra être capable de répondre aussi aux différents besoins de puissance du contexte local tout en respectant des critères d’efficacité et de propreté. L’étude serait à répéter sur d’autres contextes pour affirmer la démonstration des résultats. Cependant, on peut d’ores et déjà affirmer que le fait que les différences de puissances soient mal prises en compte par le WBT est particulièrement préoccupant lorsque celui-ci est utilisé pour recueillir des données terrain nécessaires pour accéder à la finance carbone. Comme l’étude le démontre, le WBT ne donne pas forcément une image fiable des consommations d’énergie réalisées en situation réelle. En conséquence, des calculs de réduction d’émissions de CO² calculées à partir du WBT pourraient ne pas être représentatifs des réductions d’émissions réelles.

L’intérêt de l’ISO TC 285, c’est aussi de répondre au plus juste à ces problématiques en proposant les critères aux plus proches de la réalité terrain.

Pour plus d’information, accéder à l’étude.



[1] http://cleancookstoves.org/events/160.html

[2]Type of Improved Cookstove