Une interview avec Romain, ingénieur agronome au GERES, il nous présente les résultats de l'étude sur la biomasse énergie au Cambodge

D’où vient l’idée de faire des recherches approfondies sur la consommation de la biomasse énergie au Cambodge?

Romain : Elle vient du GERES qui s’est rendu compte du manque d’information latent sur le secteur au Cambodge.

L’étude aura duré un an pour réunir l’ensemble des informations nécessaires et les analyser. Elle va permettre de renforcer ses activités de plaidoyer et d’affiner sa stratégie.

Comment avez-vous rassemblé ces données ?

Romain : C’est à tâtons que nous avons commencé l’étude car nous ne disposions pas de données suffisantes pour savoir où chercher.

Nous avons procédé en deux étapes. La première était exploratoire, nous partions de zéro, rien n’avait été fait à l’époque qui se rapprochait de près ou de loin a une telle agrégation d’informations sur le secteur. Il a fallu consulter des experts, mener un véritable travail d’exploration dans des documents de statistiques nationales, recensements économiques, etc. Un exemple : pour ce dernier il a fallu recenser en khmer les termes de recherches relatifs au secteur, puis les transformer en caractères latins pour pouvoir appliquer des requêtes de recherche dessus selon les différents emplois des mots dans la langue qui peuvent varier pour un même sens (ex. charbon).

La seconde étape consistait à étudier et à analyser des données supplémentaires recueillies grâce à des enquêtes approfondies.

Nous avons réalisé en premier lieu des enquêtes de deux heures sur un petit nombre d’établissements pour obtenir une connaissance approfondie sur leur fonctionnement (modèle économique, consommations de bois et autres sources d’énergies, analyse des parties prenantes et de la filière, impacts socio-économiques et environnementaux, etc.). Ensuite, des enquêtes téléphoniques de 20 min ont été réalisées sur un nombre représentatif d’établissement dans chaque secteur afin d’obtenir une vision plus globale du secteur, et ainsi obtenir des informations représentatives à l’échelle du pays.

Du reste, le GERES travaille depuis 20 ans sur le secteur et nous en avons profité pour capitaliser nos connaissances sur les tests menés par le laboratoire G-Bel (GERES), notamment les Water Boiling Tests (tests d’efficacités des cuiseurs) et le Kitchen Performance Test (mesure in situ des consommations par les ménages en fonction des combustibles et des cuiseurs utilisés).

Vous vous êtes appuyés sur des Bases De Données existantes ?

Romain : Oui, nous avons eu accès à la Cambodian communes database (2011), l’Economic census of Cambodia (2011) et le fichier du Recensement national (2008) entre autres. Même si cela a requis de complexes traitements informatiques pour extraire des informations très qualitatives et en langue Khmère (non supportée par les logiciels de gestion de bases de données), ces documents nous ont permis de localiser géographiquement les différentes activités avant d’aller rencontrer les producteurs sur le terrain.

LA BIOMASSE

L’énergie biomasse, une nébuleuse au Cambodge ?

Romain : Pas tout à fait. Après 20 ans passés à travailler dessus au Cambodge, nous avons toujours adapté nos projets au secteur pour réussir. Et aujourd’hui, les foyers développés par le GERES représentent 29% des appareils utilisés au Cambodge par les ménages. Le marché s’en est trouvé transformé et aujourd’hui beaucoup de copies de ces appareils sont vendues, preuve de leur succès.

Jusqu’à maintenant, nous n’avions pas pris l’initiative d’investir dans une étude globale du secteur, notamment pour des raisons financières car cela aurait été très onéreux et difficiles à faire financer malgré l’importance de ces travaux pour orienter les futurs programmes. Ces études vont nous permettre, ainsi qu’à l’ensemble des acteurs du secteur, d’avoir une vision plus juste et de déployer des projets encore plus pertinents.

Vous expliquez que l’énergie de cuisson compte pour 70% de la demande en biomasse énergie, comment expliquez-vous ces chiffres ?

Romain : Tout d’abord, il faut resituer le contexte: au Cambodge, on cuisine généralement au bois. Certains vous avanceront les côtés pratique, peu cher, accessible, d’autres vous diront  que cela donne un goût particulier aux aliments, d’autres encore expliquent que la fumée éloigne les moustiques lorsqu’ils utilisent des foyers traditionnels, etc.

A côté de cela, un très grand nombre de foyers cambodgiens utilise un cuiseur à riz électrique mais ce n’est pas leur principal moyen de cuisiner car son usage est très limité. Pas facile de faire sauter de la courge avec ce type d’appareil…

Cela dit, la part des personnes utilisant le bois commence à décliner et les personnes utilisent le plus souvent plusieurs sources d’énergie pour leur différents besoins.

En zone urbaine, par exemple, arrivent en tête le bois, suivi par le charbon puis le gaz et enfin l’électricité.

Suite de l’interview de Romain la semaine prochaine…

Au programme : l’efficacité énergétique, petits comparatifs entre charbon, bois, mais aussi gaz, les usages types de cuisson au Cambodge et plus !

Vous souhaitez en savoir plus?

Contact: info@stoveplus.org